Récit d’une Conversation marchée #4

Des tuiles emballées aux pollutions

 

Nous sommes dans les hauteurs de la ville, par delà les grandes lettres Marseille, à Foresta. Le collectif SAFI nous invite à observer, en contrebas, l’usine Monier, dernière représentante de l’histoire tuilière du bassin argileux. On y repère des tuiles, emballées, prêtes à partir en empruntant les infrastructures qui bordent l’usine : 4 voies, chemin de fer ou bateaux dans le port aujourd’hui d’immenses bâtiments de croisière.

 

Les immenses bateaux présent aujourd’hui dans la rade, nous ramènent vers une histoire de l’intérieur des terres : ces habitants autour de Foresta racontent que régulièrement, lorsque la fenêtre est ouverte, une légère couche de poussière noire s’infiltre à l’intérieur, et se dépose sur toutes surfaces.

 

Comprendre comment ces particules se déposent, d’où vient cette suie et ce que cela raconte de notre monde, sera le sujet de cette 4ème Conversation marchée à Foresta.  Il nous faudra créer un rapport avec ces êtres fantomatiques que sont les constituants des pollutions atmosphérique, et ça ça demande des alliés.

 

Institut écocitoyen : répondre aux questions qui ne sont pas au bout du nez

 

Alliés 1 : Philippe Chamaret et Marine Periot, de l’institut Ecocitoyen pour la connaissance des pollutions de Fos-sur-Mer, sont venus éclairer cette poussière et nous parler de pollution, de lichens et de bio-indication pour la rendre palpable.

 

L’institut écocitoyen est un centre d’étude de l’environnement et de l’effet des pollutions sur la santé. Fondé en 2010, il s’est créé autours du conflit lié à la présence de l’incinérateur d’ordures ménagère de la communauté urbaine de Marseille à Fos-sur-mer. Cet épisode à révélé l’impérieuse nécessité de produire des données environnementales et sanitaire pour mieux connaître les impacts de ces infrastructures, aider élus et citoyens à prendre des décisions éclairés. Leurs actions s’organisent autours de trois grandes missions : 1 / Développer la connaissance sur les polluants et leurs effets sur les milieux et la santé.  2/ Impliquer les citoyens dans des processus d’identification des problèmes de pollution, d’élaboration de protocoles et de mise en œuvre d’ études. 3 /  Informer et alimenter les débats dans les territoires exposés.

 

En invitant les citoyens à participer à la production de données, l’institut écocitoyen invente une nouvelle forme de science participative, qui permet aux habitants de reprendre prise sur les questions qui leur importe mais aussi ça les aide donner un contexte aux données et, ce que ne savent pas faire les instruments de mesures, à poser des questions un peu plus loin que le bout de leur nez. 

 

Si  on ne regarde que la partie visible on est comme borgne

 

On va donc ensemble apprendre à traquer ces pollutions omniprésentes aussi dans l’histoire des quartiers nords de Marseille, même si nous apprendrons que la pollutions urbaines et industrielles diffèrent fortement.

 

La pollution c’est tout ce qui peut avoir un effet néfaste sur notre environnement et par répercussion sur notre santé, elle a des effets toxiques qui fonctionne par accumulation ou par empoisonnement en fonction de ce qui la compose. 

 

Dans l’air, la pollution peut être visible à l’oeil nu, par effet d’accumulation, ou perçu avec des capteurs, souvent ce sont celles qu’émettent les voitures, ou les moteurs, qu’on retrouve très fortement en ville. Mais il y a aussi des particules ultrafines, qui par leur tailles infime 0,I sont invisibles, plus difficile à déceler ou à mesurer  “sans poids” elles restent en suspension, polluant durablement l’atmosphère.

 

Leur extrême finesse leur permet de pénétrer beaucoup plus profondément dans les poumons et sont toxiques par effet inflammatoire rien que par leur présence, quelque soit leur composition. Des études ont montrés que les particules ultrafines ont un impact sur le fonctionnement cardio-vasculaires et le développement du diabète.

 

Ici, celle que l’on ne voit pas viennent de derrière la colline, depuis le complexe industrialo-portuaire de Fos-sur-Mer.. Les vents brassent et transportent cette pollution atmosphérique qui va également s’infiltrer dans les fonctions métaboliques des végétaux et , par transfert, vont à leur tour contaminer les sols. Ainsi c’est tout en discrétion que l’entièreté du tissu du vivant finit par porter ces polluants et leurs toxicités dans sa chair.. 

 

Des lichens pour mesurer la pollution

 

Alliés 2 : Pour embrasser sans démembrer l’enchevêtrement de ces dynamiques particulaires, l’institut écocitoyen à choisis d’observer les lichens, qui, si on sait les traduire, nous aider à toucher du doigt la pollution invisible. 

 

Les lichens sont en réalité déjà eux-même une alliance  la symbiose entre une algues et un champignon.  L’algue fait la photosynthèse et le champignon s’occupe de l’eaux, des minéraux, de l’azote… En puisant ainsi ses ressources dans l’atmosphère le lichen se transforme en bio-indicateur fiable des impacts de la pollution atmosphérique : on ne pourra pas dire “c’est parce qu’il a chopé ça dans le sol, ou ailleurs”.

 

Les communautés Lichéniques se composent de différentes espèces qui réagissent toutes différemment aux effets combinés des cocktails de pollution, et se répartissent en trois  grandes familles convoquées pour le protocole mis en place l’institut écocitoyen : 

 

Famille 1 “Les crustacés”

Très fréquent, le thalle “ le corps” du lichen est totalement incrusté à la surface depuis laquelle il opère, il a une grande polluo-résistance.

 

Famille 2 “ Les foliacés”

Le thalle à un peu plus de relief et dessine des petites folioles qui se décollent très légèrement de la surface d’accrochage, sa polluo-résistance est assez variable et donc très utiles pour le protocole de lecture des pollutions. 

 

Famille 3 “fruticuleux”

Terriblement polluo-sensible ce lichens quitte sa surface de fixation, assez restreinte, pour s’ouvrir en ramifications complexes, pendantes, redressées ou étalées on le trouve dans des zones particulièrement saines.

 

Les lichens font leur vie de lichens, en prenant ce qui leur arrive par les airs et c’est ainsi qu’ils nous racontent comment ils vivent avec les pollutions dans leurs variétés et leur dynamiques, là où les filtres des instruments de mesures, eux, n’attrapent en que les pollutions pour lesquels ces filtres ont été pensés.

 

Une espèce répandue mais exigeante

 

Ce que que les lichens nous révèlent de Foresta : Beaucoup de pins plantés donc pas beaucoup de lichens (trop acide) et une variété de milieux qui permet de trouver le graal du lichen : pas trop d’ombre, ni de soleil, avec un peu d’humidité. Une petite placette potentielle d’observation lichénique est déterminée. On n’y voit pas de fruticuleux, une abondance de crustacés, et quelques espèces de foliacés, qu’il faudrait faire entrer dans des abaques pour qu’ils nous en disent plus.

 

Les vivants qui surveille les pollutions

 

L’institut a mis en place un protocole de récolte de données par des citoyens. Un calque, posé sur un arbre, permet de dessiner des espaces qui seront comptés annuellement par les volontaires formés, on mesure la présence ou l’absence de 4 espèces représentatives de la qualité de l’air. Ces données compilées comparées par l’institut à des zones témoins permet d’établir des indices de qualité de l’air.

 

D’autre études, effectuées par l’équipe de l’institut écocitoyen, visent à comprendre l’impact de ces polluants sur le développement des lichens. 

 

En fin de parcours, nous tombons nez à nez avec un spécimen de Xantheria Parietina, un lichen foliacé jaune vif accroché à un savonnier. Une partie de son thalle est vert, il s’agit en fait d’une nécrose qui pourrait être le signe d’une modification de la qualité de l’air. Est ce l’impact du confinement ? de la reprise des activités et du retour des moteurs ? Difficile de se prononcer, mais nous nous quittons avec la conviction d’une enquête à prolonger.

 

Photos : © institut écocitoyen

« Conversation marchée à Foresta #4 » par le Collectif SAFI – Mercredi 10 juin 2020

Avec Philippe Chamaret, Directeur de l’Institut Ecocitoyen pour la connaissance des pollutions et Marine Periot, chargée de mission bio-indication environnementale
 
Les Conversations marchées invitent des scientifiques, écologues, botanistes, naturalistes… à éclairer notre regard. Elles nous donnent à voir et à comprendre ce qui constitue nos paysages de proximité et les enjeux qui les traversent.
 
Pour cette quatrième conversation marchée à Foresta, Philippe Chamaret nous invite à pister les lichens pour mieux comprendre la composition et la qualité de l’air et déceler la présence de polluants, nous serons également invités à décrire le cheminement des polluants par les processus de transfert d’un compartiment à l’autre : air – sol – plante – organisme.

Ce récit est tiré de promenades que s’inscrivent dans le programme de 5 ans du projet européen Nature 4 City Life (2017-2022) qui favorise une meilleure intégration de la nature dans le projet urbain dans un contexte de changement climatique.