Pamparigouste

Une exploration poétique et scientifique autour de la petite mer de Berre

 

Atlas routier Michelin, 2015

Un jour de 2019, quelques temps après avoir découvert que dans la dernière édition de l’Atlas routier Michelin l’étang de Berre ne figurait pas, un équipage d’artistes et de scientifiques habitant du côté de Marseille était parti à l’invitation du Bureau des guides du GR2013 rejoindre en bateau cette vaste lagune, avec le désir d’y vivre un voyage à côté de chez eux.

Ils ont nommé cette expédition de proximité Pamparigouste, en hommage à une vieille légende provençale racontant la quête d’une île inatteignable.

Un an plus tard cette expédition se poursuit dans des rendez-vous entremêlant récits et expériences, rencontres et explorations. Chacun.e est invité.e  à rejoindre l’aventure, à la vivre et à l’inventer pour peut-être un jour en partager un récit commun…

 

 

“On le sait, tous le savent, il y a quelque chose dans l’air qui ne tourne pas rond. Il y a quelque chose qui cloche. La terre ne ressemble pas à ce qu’on nous a tant raconté. Les grandes histoires ne tiennent plus. Le charme est rompu. Mais pourtant on n’en a pas encore de meilleures.

On continuait à vivre avec ces histoires- là, celles d’un développement raisonné, d’une propriété confortable, d’une nation réparatrice mais en y cherchant toujours les failles.

C’est alors qu’on l’a vu. Le trou dans la carte Michelin. Une tâche sombre, béante à l’emplacement exact de l’étang de Berre.

Oubli ?

Lapsus cartographique révélant le sacrifice de la petite mer ?

Ou bien disparition que l’étang a lui-même orchestrée pour fuir la logique implacable de la carte ?

 

On l’avait déjà lue dans les vieux livres de contes cette histoire : Pamparigouste.

Cette île de tous les charmes au milieu de l’étang de Berre qui avait déjà disparu. L’utopie atlantéenne. Mais on l’avait entendue aussi, il y en a qui la connaissent encore : Va te faire voir à Pamparigouste !

 

On avait déjà marché autour de l’étang. La zone industrielle sacrifiée. Ce lieu où habitent humains, anguilles, palourdes, moules, zostères, tamaris, oiseaux et tant d’autres. Où ils habitent, malgré tout. Malgré l’eau détournée, malgré les torchères, malgré les industries qui y crachent le venin. C’est caché dans l’ombre de ceux qui dévastent qu’ils ont créé des lieux où la vie était possible, des lieux qu’ils aiment. Pour le pire, mais aussi pour le meilleur.

 

Il y avait donc quelque chose là. Le bug était apparent.

Le brouillard se lève. Comme un signe que du côté de l’étang, les grandes histoires ne peuvent plus tenir. Et c’était comme un appel. Comme si là-bas on pouvait peut-être échapper à la carte, entendre et inventer des histoires qui nous rassemblent.

 

Nous sommes partis vers le trou, vers l’étang qu’on connaissait déjà, mais qui cette fois ci nous avait fait une invitation que nous ne pouvions pas refuser. Une invitation à partir en voyage, en expédition. Une expédition pour trouver d’autres guides, pour raconter d’autres histoires.

Se laisser guider par ceux qui ont déjà rompu les charmes pour se laisser séduire par d’autres. Plonger au travers de la carte pour trouver Pamparigouste, dont on ne sait pas encore si c’est une utopie ou une insulte.”