Lettre #1 – 21 mars 2020

S’il convient d’être grave, c’est d’une forme de gravité qui nous fait avoir les pieds sur terre. Et les pieds sur terre c’est le début de la joie. De l’atterrissage et du refus d’un monde abstrait.

Nos modes d’explorations habituellement marchées et qui activent la conversation, le corps, la modification de la relation à ce qui nous environne et nos capacités à prendre soin semblent être des outils toujours aussi importants. Comment les activer en période de confinement ? Sans indocilité puérile, ni soumission en dépit du bon sens, comment les cultiver pour pouvoir se préparer dès à présent à l’aujourd’hui comme à l’après ?

 

Apprendre à respirer sous l’eau, plutôt que d’attendre que la vague passe.

Mais aussi, plus simplement pour se faire du bien et se relier, malgré tout.

 

Partage des réflexions et de pensées pour préparer demain dès aujourd’hui maintenant qu’on ne peut plus espérer qu’il soit comme hier…

 

Ce que le coronavirus raconte de la biodiversité

On commence tous à l’apprendre, le coronavirus nous offre de nombreux éclairages sur les dysfonctionnements qui l’ont rendu possible. Un monde globalisé, un monde dont les écosystèmes ont été détruits et avec eux les forces résilientes qu’ils abritent. C’est un certain monde qui donne naissance aux pandémies. Le COVID-19 est de ces modes d’existences dangereux issus de la destruction de l’intelligence écologique. Ce monde est un monde abstrait, abimé, sans relation d’interdépendance, où ce qui n’a pas besoin de tisser du lien peut proliférer.

Un entretien avec Serge Morand

 

 

La révolution des catastrophes

L’arrivée de cette situation nous met tous.tes face à un point de non-retour. Il n’y a plus de retour possible pour notre monde. Le coronavirus nous met face à nos responsabilités multiples et partagées. Il est fort à parier qu’on nous fera croire qu’il faudra reprendre le « business as usual« , en se serrant la ceinture encore un peu plus, faire comme si c’était encore jouable alors que nous n’y croyons plus.

Mais ce diagnostic que permet de poser le coronavirus, comme la Pythie lorsqu’elle porte une très mauvaise nouvelle, ne signifie pas un coup d’arrêt de tout possible. Le diagnostic de tout devoir arrêter pourrait ne pas être triste. Trouvez ici le témoignage d’une voyante à un médecin, sur la question de la remise du diagnostic et surtout sur le pouvoir hautement révolutionnaire des catastrophes.

Une lettre de Maud Kirsten

 

 

Faire commun face au désastre

Alors avec Isabelle Stengers réactivons notre sens commun en temps de débâcle…

 

Des jeux, des protocoles, des expériences à tester pour apprendre à respirer sous l’eau.

 

Tuto n°1 : La chaîne de la Nerthe japonaise, ou la conversion du regard

Agnès : Je sais désormais ce que je fais quand « je pense avec mes pieds », sacré casse-tête que j’ai traversé il y a peu.

De la marche, je fabrique un système, un mode de vie, une façon d’explorer, une façon de ressentir, d’être dehors, au soleil qui me réchauffe.

Ce que je sais depuis bien plus longtemps, c’est que je pense aussi avec mes yeux. Puisque mes yeux participent de ma marche.

Aujourd’hui j’ai de nouveau  fait une expérience dont j’ai l’habitude: changer mon échelle de regard.

Je revois Jean, notre voisin marcheur, en train de décrypter pour nous, à Cossimont, le grand espace de la Nerthe jusqu’à Marignane, avec ses voies de circulations ancestrales ou toujours vivaces.

Aujourd’hui inversement, je regarde la colline dans la colline « le petit du grand ».

Je fixe mon regard sur un tout petit espace et je change d’échelle. Il faut vraiment regarder de très près.

C’est le plus petit des jardins zens qui s’ouvre alors devant moi. Le petit caillou devient une falaise, quelques herbes, des arbres.

Jardin zen car à partir de ce décalage de regard, c’est l’esprit et toute pensée qui s’envole, loin, loin, loin. C’est le but des japonais, et ça marche !!!

 

Vous pouvez essayer, y compris en intérieur, vous verrez comme le monde devient grand, sans limite. Allez-y regardez loin, regardez proche !

 

 

Tuto n°2 : Racontez des histoires dans les files de supermarchés.

Antoine : Au CDI, on se parle beaucoup de raconter des histoires, on se pose la question de ce que ça veut dire, et de pourquoi on aime tant le faire. Quel est leur étrange pouvoir et comment est-ce qu’elles ont la force de nous faire vibrer un peu plus avec les mondes que l’on traverse ?
Je me suis retrouvé, hier, avant-hier, malgré moi à continuer à échanger des histoires. Dans les files d’attente au supermarché, ou tout autre lieu où les gens attendent, la moindre excuse pour entamer la conversation est bonne, avec toute la file si possible. En gardant bien les distances sanitaires (on peut d’autant mieux ajouter des mouvements de bras à ses histoires et c’est une bonne excuse pour parler bien fort et embarquer tout le monde).
Raconter des histoires qui pourraient être des contrepoisons, qui briseraient le fatalisme d’une situation. Vers la Drogueria je hurlais à qui veut bien l’entendre l’histoire du film L’an 01, “C’est un gars un jour il veut plus prendre le train, plus aller au boulot, et puis ça s’emballe et tout le monde veut faire pareil, et expérimente la question : et si on arrêtait tout ? et si on arrêtait tout ? On réfléchit, et c’est pas triste.” Toute la file voulait que je donne les références du film à la fin de la discussion.
Vers le boulevard National, un mini-embouteillage de “distance à garder” m’a donné l’occasion de raconter l’histoire de la grenouille qui saute quand on la met dans de l’eau à 100°C, mais qui reste sur place quand on fait bouillir l’eau petit à petit : “le virus nous a permis de nous rendre compte que l’eau était trop chaude”, avons-nous conclu.
Ce matin en criant à un voisin perché sur son balcon, c’est une conversation à pleins poumons avec plusieurs personnes de l’immeuble qui s’amorce à propos du pouvoir hautement révolutionnaire des catastrophes. “C’est une voyante qui disait ça, elle le disait à un médecin, en lui disant, annoncer une catastrophe ce n’est jamais tracer une ligne blanche entre les damnés et les élus, parce que sur cette terre, ce qui peut être l’enfer peut devenir le paradis, et inversement”. Je vois bien qu’en même temps ça résonne et qu’en même temps tout le monde se demande pourquoi est-ce que je parle de voyante, mais on bégaye ensemble.
C’est le plaisir de l’étincelle dans le regard, la façon dont les corps se transforment lorsqu’une histoire frappe juste, fait résonner la situation avec de nouveaux possibles.
Mais aussi, échanger des histoires, c’est en collecter, c’est poser des questions dès que possible. À cette femme de la rue qui raconte son confinement en extérieur avec ses 14 chiens. Aux personnes qui travaillent dans des lieux d’alimentation vides, mais dont le patron exige la présence et la fatigue. Aux gars qui me disent venir du quartier pour s’assurer que tout le monde ait bien de quoi fumer même en confinement. De demander “Et toi ? Tu tiens comment ?”
Trouvez, vous aussi, des histoires qui vous font du bien, qui vous font rire et penser ou qui ouvrent des imaginaires imprévisibles, et scandez-les à tous les endroits possibles !

 

Pour trouver dans la littérature et la poésie des pistes et du soin.

 

Les Territoires Fantômes, Véronique Mure
Il est des territoires dont la réalité nous échappe.

Des territoires fantômes, des paysages souterrains, environnement familier des racines, des champignons, des taupes, des vers de terre, tout comme des bactéries. Un univers à l’envers dont nous soupçonnons l’existence mais dont nous ignorons presque tout. Un monde invisible dans lequel se trament les liens, les symbioses, les compétitions au sein du règne végétal mais aussi avec le vaste règne fongique et la faune souterraine…

 

Retour d’expériences, récits de nos tentatives et de nos explorations personnelles, écrits, dessins, témoignages, tout ce qui peut participer à vivre le présent et préparer l’après.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mardi la mer, par Françoise M.

« Mardi matin à la mer. Il y a quelques personnes qui errent, s’assoient un peu, jettent un caillou dans l’eau, contemplent les vagues et repartent. C’est bientôt midi. Les policiers commencent à patrouiller à cheval ou en voiture. »

 

Des initiatives à découvrir, des appels à participation, des réseaux d’entraide.

 

Pour s’entraider…

Groupe FB Entraide et solidarité
Cagnotte pour le Collectif St Just

 

Pour danser« Étrange séquence. Pesant, flippant, flottant, imprévisible, out of control, sortie de piste, chamboulement collectif, retour à la bergerie pour un confinement à durée indéterminée. Inédit. Parmi les échappatoires possibles, je vous propose des mini-boum de living room, des huit pistes pour huis clos qui tomberont régulièrement, pour transpirer un bon coup, si vous avez le cœur et les jambes pour un petit défouloir. Libre à vous de vêtir pour cela un habit de lumière, un legging fluo ou bien même à poil, tant qu’on y est. » Adrien Zammit

Zammix feat. Coronax – Confinement Party vol 1

Zammix feat. Coronax – Confinement Party vol 2

Zammix feat. Coronax – Confinement Party vol 3

Zammix feat. Corozouk – Confinement Party vol 4

 

Pour écouter

Nous avons tous été étonnés ces derniers jours du changement de nos perceptions sonores. D’abord le silence, puis peu à peu l’impression de réapprendre à entendre ce qui habite ce silence. Les chants d’oiseaux, les bruits du port qui se poursuivent, avant de peut-être bientôt disparaitre à leur tour, les clameurs proches ou lointaines qui émergent à 20h…

L’occasion de développer notre sens de l’écoute (bientôt des tutos pour nous y aider) mais peut-être aussi de participer à une initiative de collectage et de cartographie des ambiances sonores pendant le confinement.

Via l’appel à participation Silent City.

 

Pour voyager

C’est le moment de brancher votre casque et de partir en voyage, Le Bureau des guides remet en ligne chaque jour un épisode de CARAVAN…

21 étapes sur les 365 km du GR2013 pour croiser le regards, les savoirs, et reconnaitre ensemble l’état nos villes et de nos paysages, pour révéler et dessiner le territoire et le patrimoine de la métropole. C’est à la fois savant et potache, intime et collectif, une marche en conversations, une conversation en marche… Découvrir les épisodes

Le CDI c’est quoi ?

Né des pratiques d’exploration du Bureau des guides du GR2013 et des habitants marcheurs de la coopérative Hôtel du Nord, le CDI est un lieu d’échange et de réflexions collectives, de textes, podcasts, musiques, films qui résonnent particulièrement avec la situation, ou qui permettent de prendre une tangente.

Il prendra pour l’instant la forme d’une newsletter contributive pour partager des initiatives, des pensées, des textes mais aussi des jeux et des protocoles pour mettre à l’épreuve notre manière d’habiter le monde et en ramener des récits, des dessins, des photos, n’importe quoi. Le CDI est une tentative de poursuivre les aventures commencées tout en réinventant le voisinage dans un monde confiné.

 

Le CDI c’est qui ?

Des habitants, des artistes, des citoyens qui aiment marcher et explorer pour mieux habiter et se relier, et toutes celles et ceux qui le veulent ou le voudront.

 

Toutes propositions de contribution (textes, dessins, vidéos…) sont bienvenues à l’adresse suivante : CDI@gr2013.fr