LE SILENCE

Laurent Malone

80 portraits filmés et silencieux.

L’œuvre est une invitation faite au spectateur à se tenir debout face aux visages des hommes et des femmes filmés en silence. Dans le cadre de l’exposition Le Palais et Le Sentier (Palais de la Bourse, du 12 mars au 12 mai 2013).

 

« La marche est sans doute le moyen le plus naturel de renouer avec l’expérience directe du contexte urbain. Arpenter, regarder, ne peut se réduire à la vision totalisante de l’urbaniste ou du géographe qui réduit la ville à un fait urbain ou un paysage mais nécessite un engagement du regard sur ceux qui se sont appropriés cet espace. Ainsi au cœur des grands espaces vacants dessinés par le GR®2013, j’ai porté un regard sur ceux qui, en silence, habitent « nos fins » de ville. Cet été là, 2012, à Marseille et ailleurs. Longtemps j’ai cherché quel récit je pouvais faire, face à ce que nous nommons « la question des Roms en France ». Ce que j’ai vu depuis de longs mois ici à Marseille, place d’Aix ou ailleurs via les médias m’a fait conclure que je n’arrivais pas à mettre en scène « ma question », que celle-ci me dépassait par sa complexité et en particulier sa dimension politique, française, européenne. Et que sans doute, la seule façon de procéder n’était pas de mettre « la question » au cœur du processus de travail ou bien à son origine mais que, en se mettant à l’œuvre, celle-ci émergerait de manière singulière. Je suis donc allé à la rencontre des familles Roms qui habitaient à même le trottoir, près de l’Unité d’Hébergement d’Urgence au chemin de la Madrague Ville, à Marseille, seul, en expliquant mon désir de montrer leurs visages, de raconter leur histoire mais aussi au fil du temps participant aux luttes contre les expulsions sauvages qui ont redoublé de violence en cet été 2012. J’ai improvisé des studios photographiques avec des bouts de murs, de vieux tapis, réalisant ainsi plus d’une centaine de portraits filmés et silencieux. Les visages ont dévoilé une histoire ancestrale de discriminations, de souffrances mais aussi de force de résistance. »

_Laurent Malone, décembre 2012

Laurent Malone

Le photographe Laurent Malone réalise un travail d’analyse et de documentation des mutations de l’espace urbain à partir de parcours tracés dans les villes. La marche est au centre du processus photographique développé. Aussi bien à New York que dans d’autres villes d’Europe et d’Asie, Laurent Malone poursuit une chronique obstinée des mutations urbaines avec une attention pour les usages non planifiés de l’espace public. Ces observations ramènent sans cesse l’architecture urbaine à l’échelle de l’occupation humaine permettant ainsi une nécessaire mutation du regard sur les phénomènes d’exclusion, de réappropriation des espaces et de tout ce qui est considéré comme « sans valeur ». Ses œuvres font partie des collections permanentes du Centre Pompidou à Paris et du MoMA à New York, ont été montrées récemment au Musée du Jeu de Paume à Paris, au KW Institute for Contemporary Art à Berlin, au Netherlands Architecture Institute (NAI) à Rotterdam, au Centre d’Art Santa Mònica à Barcelone.

Laurent Malone a créé sa propre maison d’édition, integral laurent malone, qui promeut, publie et diffuse les travaux de ses pairs. Il est aussi membre du collectif Stalker (Rome) et du réseau Integral concept.